Roméo Elvis + ATP – 30/03/18

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Vendredi 30 mars au soir. Cette fois on y est. Bruxelles arrive à Reims. C’est le concert de Roméo Elvis.

C’est ATP qui assure la première partie, un rappeur rémois. C’est toujours un plaisir de voir la scène rémoise ainsi représentée, comme lors de la première partie de San-Nom à Columbine. A titre personnel, je connaissais peu le travail de ATP, mais ce live a été une bonne découverte de son univers. L’artiste mène une première partie efficace et rythmée, ce qui est suffisamment rare dans le rap pour être signalé, surtout lorsque la majorité des personnes dans la salle ne connaissent pas les paroles de tes chansons, et ce dans un style musical qui se base en grande partie dessus. J’ai toujours été fan de son attitude au sein de la scène rémoise, et de son côté rassembleur plutôt que sectaire. “QLF” comme disait deux autres rappeurs. C’est une référence, tu l’as ? Ok, parfait on peut continuer.

 

Que la famille donc. Et c’est un aspect qu’on retrouve dans la performance d’ATP, notamment lorsqu’il fait débarquer tous les rappeurs rémois dont il est proche. A nouveau, l’idée est bonne et cela marche à merveille. On se retrouve sur scène avec une grande famille, un groupe d’ami, que l’on sent complice. Et encore une fois, ça fait du bien à voir. de voir des artistes réunis plutôt que divisés, ça à quelque chose d’encourageant. Là aussi c’est un référence, mais c’est plus dur. C’est pas grave si tu ne l’as pas. C’est le dramaturge allemand Brecht qui a déclaré que  « L’art n’est pas fait pour réunir, mais pour diviser ». Une citation pleine de sens, mais aussi fortement contestable. Personnellement, en les voyant là tous sur scène, j’ai envie de les soutenir, j’ai envie d’y croire.

 

Cette première partie est donc une très bonne surprise, qui nous prépare efficacement à la venue de Roméo Elvis.

 

Le roi des crocodiles arrive lentement, dans l’ombre d’abord, puis discrètement éclairé par un light show épuré, pour commencer par son morceau Nappeux. “Bruxelles est la capitale d’un pays qui va mal, c’est ce qu’ils veulent nous faire croire à travers ces foutus journaux.” Sur un ton calme allié à des allers-retours très lents au bord de la scène, Roméo Elvis déroule les premières lignes de son morceau iconique. C’est la défense du rap bruxellois qui commence alors, un rap qu’il n’a pas cessé de soutenir depuis son premier projet avec l’Or du Commun, Bruxelles c’est devenu la jungle.

 

Sincèrement, dans le coeur de la foule, ça devient un gigantesque bordel très rapidement. A peu près à la fin du premier morceau en vérité. Une chose que l’on doit admettre, c’est que la musique du rappeur ne laisse presque personne indifférent. Sauf ce mec que je croise dans la foule, qui est rivé sur une vidéo Youtube durant le morceau Diable. Bon, pourquoi pas.

 

C’est d’ailleurs un des concerts de rap les plus violent auquel j’ai assisté, et cela n’a pas que des bons côtés. Le pogo est devenu à la mode chez les fans de rappeurs, et beaucoup d’entre eux sont devenus subitement des experts en turn-up. Sauf que, dans la réalité, ce n’est absolument pas le cas. Pour avoir pratiqué le doux art du pogo dans des concerts de metal ou de rock, on ne se fait normalement pas mal, ou en tout cas pas sans raisons. Or, dans le rap, les gens ne savent clairement pas organiser un “rentre-dedans-général”, puisque des coups partent dans tous les sens, et qu’il n’est pas rare de croiser des fans fuyant les pogos par peur de la violence. Toi le métalleux qui passe ses étés au Hellfest et qui sait ce qu’est “un vrai circle pit violent”, détend toi derrière ton écran. Je te le concède, on n’est pas non plus devant une violence extrême, au point de se casser quelque chose. Mais tout de même. Pour un concert de rap déjà, c’est particulier, surtout si c’est mal fait comme c’est souvent le cas.

 

Hormis ça, le concert est particulièrement bon, et c’est lié directement à la personne de Roméo Elvis. Comme il le précise luimême, il est venu “tout seul”, sans personne pour l’aider, et pourtant il n’y a pas un temps mort pendant le set. Même seul, le rappeur se donne à fond, et des morceaux comme Sabina, Pogo ou Strauss & Paillettes deviennent de purs morceaux de pogo.

 

D’ailleurs, on sent que le concert se découpe plus ou moins en différentes parties. Après un début assez calme avec Nappeux donc, le concert accélère très vite son rythme. Petit coup de coeur personnel, la version à la guitare de Drôle de question, où Roméo Elvis case quelques lignes de son couplet sur le morceau Apollo de ODC, ses amis de Bruxelles. Un très beau moment de musique. De même, les deux morceaux Les hommes ne pleurent pas et j’ai vu apparaissent comme une sorte de parenthèse au sein d’un line-up plutôt énergétique.

 

Et c’est justement dans cette parenthèse qu’on sent la sincérité du rappeur, comme lorsqu’il interprète la chanson Ma tête, qui traite de son problème d’acouphène. Ce que je vais dire par la suite est purement subjectif, mais j’ai le sentiment de sentir à travers ce morceau la folie qui se cache dans la tête du rappeur bruxellois. J’ai l’impression qu’on touche là à ce qui fait la particularité de cet artiste, ce “quelque chose en plus” que beaucoup évoquent pour le caractériser. Un peu comme pour Lomepal et ses morceaux Sur le sol, Solo et Palpal : on perçoit une sincérité et une honnêteté touchante. Déchirante, la chanson Ma tête renvoie à une peur propre à bon nombre de musiciens de ne pas pouvoir se servir de leur outil de travail, l’ouïe.  

 

C’est cette apparente sincérité de certains morceaux de Roméo Elvis qui me font dire qu’il est plus qu’une simple figure de rappeur. Par son attitude sur scène et son énergie proche de la hargne ou de la colère, il démontre cette particularité qui le rend si unique. A l’instar de Lomepal justement, Roméo Elvis fait partie de ces figures au sein du rap qui marqueront certainement leur genre par leur personnalité, et l’impact qu’ils ont sur leur public. Car c’est indéniable, Roméo Elvis est un nom qui fait vendre et qui rassemble les foules, et qui devient petit à petit culte.

 

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